Dans trois semaines, Paris accueille les Jeux Olympiques. Entre le 26 juillet et le 11 août pour les Jeux Olympiques, puis du 28 août au 8 septembre pour les Paralympiques, la ville va connaître une transformation logistique sans précédent. Pour les entreprises qui ont leurs bureaux dans les zones touchées, la question n'est plus théorique.
Les zones sous tension
La Ville de Paris a défini des périmètres de sécurité autour des sites olympiques qui impactent directement l'accès à plusieurs quartiers d'affaires. Le centre de Paris (Trocadéro, Champs-Élysées, Grand Palais, Concorde) sera partiellement inaccessible pendant plusieurs jours. Saint-Denis, qui accueille le Stade de France et le Village des athlètes, connaît des perturbations importantes depuis plusieurs mois.
Les transports en commun seront saturés, avec des millions de visiteurs supplémentaires dans la métropole francilienne. Les abonnements de transport des salariés ne garantissent pas d'arriver à l'heure — ni parfois d'arriver du tout dans les zones les plus proches des sites.
Ce que les entreprises ont fait
Les entreprises installées dans les zones les plus impactées ont généralement opté pour l'une de ces stratégies :
Le télétravail exceptionnel. La grande majorité des entreprises du QCA ont autorisé, voire encouragé, le travail à distance pendant les deux semaines olympiques. Certaines ont formalisé cela dans un avenant temporaire aux accords collectifs de télétravail.
Le déplacement temporaire. Des sociétés de services financiers, notamment celles qui avaient besoin d'une présence physique garantie (salles de marché, fonctions front office), ont loué temporairement des espaces de coworking en banlieue éloignée ou dans des villes de province. Le marché du coworking a connu une forte demande en avril-mai pour des réservations de juillet-septembre.
Le report des décisions. Des signatures de baux, des projets de déménagement, des renégociations — tout ce qui pouvait être décalé de deux ou trois mois l'a été. Le marché des transactions tertiaires a tourné au ralenti au deuxième trimestre 2024.
L'effet sur les loyers : court terme vs long terme
À court terme, des propriétaires d'immeubles situés dans les zones proches des sites olympiques ont tenté de monétiser l'événement. Quelques immeubles avec vue sur la Seine ou les Champs-Élysées ont fait l'objet de demandes de location temporaire pour des loges d'entreprise, des espaces d'hospitalité, des bureaux de presse. Les prix demandés étaient sans commune mesure avec les loyers habituels.
À long terme, l'effet des JO sur l'immobilier de bureau parisien sera probablement neutre. Paris ne deviendra pas moins attractive pour les entreprises après les Jeux — et ne le deviendra pas davantage non plus. Les Jeux sont un événement, pas une transformation structurelle du marché.
Ce qui restera, en revanche, c'est l'infrastructure : la ligne 16 du Grand Paris Express (inaugurée en juin 2024 pour Saint-Denis Pleyel) améliore durablement l'accessibilité d'un secteur qui avait souffert de son image de zone difficile à atteindre. C'est cela, l'héritage immobilier des Jeux — et il est déjà en train de faire remonter les valeurs autour des futures gares.
Saint-Denis : l'effet Grand Paris Express
Le vrai sujet immobilier autour des JO n'est pas la quinzaine olympique mais la revalorisation à moyen terme des communes du nord de Paris desservies par le Grand Paris Express. Saint-Denis, Saint-Ouen, Clichy — des marchés qui affichaient des taux de vacance élevés et des loyers déprimés — commencent à attirer des entreprises qui cherchent de l'espace de qualité à des coûts inférieurs au QCA.
L'héritage des Jeux dans l'immobilier tertiaire pourrait bien être celui-là : une redistribution géographique de la demande, pas une création nette de valeur sur le marché global.