Le 31 août 2020, le port du masque devient systématique dans les lieux de travail clos réunissant plusieurs personnes, avec une application à compter du 1er septembre. Open spaces, salles de réunion, espaces de circulation, vestiaires, restauration collective : le bureau partagé entre dans une nouvelle grammaire.

La règle ne se résume pas à un accessoire sanitaire. Elle oblige les entreprises à regarder différemment leurs espaces. Un open space qui semblait efficace parce qu'il densifiait les postes et favorisait les échanges devient soudain un lieu à gérer : aération, distances, flux, pauses, réunions, usage des espaces communs, information des salariés.

L'open space n'est plus neutre

Avant la crise, l'open space était souvent présenté comme un choix d'aménagement : plus flexible, moins cloisonné, plus collaboratif, parfois moins coûteux. La pandémie révèle son autre face. Un espace partagé est aussi un espace d'exposition, où la densité et la circulation des personnes deviennent des paramètres de santé au travail.

Le protocole ne condamne pas l'open space. Il le rend conditionnel. Travailler ensemble reste possible, mais sous contraintes. Le salarié seul dans un bureau individuel n'est pas soumis à la même règle que le salarié installé dans un plateau ouvert. Cette distinction donne une valeur nouvelle à l'isolement physique.

Le masque ne suffit pas à faire une politique immobilière

La tentation immédiate est de répondre par l'affichage et la distribution d'équipements. C'est nécessaire, mais insuffisant. Un plateau de bureaux doit être organisé : combien de personnes présentes en même temps ? Quels postes sont condamnés ? Comment circuler ? Où manger ? Comment éviter les attroupements autour des imprimantes, machines à café ou ascenseurs ?

Grant Thornton rappelle dans son analyse du protocole que l'employeur doit décliner les mesures selon la réalité de l'activité et informer les salariés. Cette personnalisation est décisive. Deux entreprises occupant la même surface peuvent avoir des risques différents selon leurs horaires, leurs métiers, leur ventilation et leurs habitudes de réunion.

Une contrainte qui remet les mètres carrés en discussion

Le masque obligatoire ne change pas seulement l'expérience quotidienne. Il interroge la densité. Les modèles qui avaient progressivement réduit le nombre de mètres carrés par salarié se retrouvent moins confortables dès lors qu'il faut ménager de la distance, réduire les croisements et limiter les présences simultanées.

Cette contrainte nourrit deux réflexes opposés. Certains dirigeants se disent qu'il faudra plus d'espace pour offrir de meilleures conditions sanitaires. D'autres constatent que le télétravail permet de réduire la présence et donc de garder moins de surfaces. L'été 2020 ouvre ainsi une tension qui structurera les années suivantes : moins de postes permanents, mais des espaces de meilleure qualité.

Le bureau comme preuve de responsabilité

Pour les salariés, le protocole transforme aussi la confiance. Revenir au bureau n'est acceptable que si l'organisation donne le sentiment d'avoir pensé les choses. Un masque posé sur le bureau ne suffit pas ; ce qui rassure, c'est la cohérence du dispositif, la clarté des règles, la capacité à corriger rapidement ce qui ne fonctionne pas.

Le 31 août 2020 ne marque donc pas seulement l'entrée du masque dans la vie de bureau. Il marque la fin d'une innocence immobilière. L'aménagement ne peut plus être discuté uniquement en productivité, en design ou en coût. Il doit aussi être discuté en santé, en responsabilité et en capacité d'adaptation.

Sources et repères

Ministère de l'Économie - Port du masque en entreprise : êtes-vous concerné ?, 31 août 2020

Ministère du Travail - protocole national applicable à compter du 1er septembre 2020

Grant Thornton - Nouveau protocole national du 31 août 2020