En novembre 2020, le présentiel change de statut. Venir au bureau n'est plus seulement une préférence managériale ou une habitude d'organisation. Lorsque le poste est télétravaillable, maintenir une présence collective peut devenir un sujet de prévention, de contrôle et de confiance.

L'instruction de la Direction générale du travail du 3 novembre 2020, commentée par plusieurs cabinets, place le respect du protocole sanitaire et le développement du télétravail au coeur des interventions de l'Inspection du travail. Le message envoyé aux employeurs est clair : l'organisation du travail fait partie de l'obligation de sécurité.

Le risque n'est pas seulement juridique

Le risque juridique existe, mais il n'est pas le seul. Le risque social est parfois plus immédiat. Un salarié qui estime pouvoir travailler à distance comprend difficilement pourquoi il doit prendre les transports, partager un open space ou participer à une réunion physique. La crise rend visible l'arbitraire de certaines décisions de présence.

Ce sentiment peut abîmer durablement la relation avec l'entreprise. Là où le premier confinement avait suscité de la solidarité, le deuxième peut générer de la défiance si les règles semblent appliquées de façon incohérente ou si certains managers rappellent leurs équipes par simple besoin de contrôle.

Le manager n'est plus seul décideur

Avant la crise, beaucoup de décisions de télétravail se prenaient au niveau du manager direct. En novembre 2020, ce fonctionnement montre ses limites. La présence au bureau engage la responsabilité de l'employeur, la santé au travail, le dialogue social et parfois l'image de l'entreprise.

Les directions doivent donc cadrer les exceptions. Qui peut venir ? Pour quelles tâches ? Selon quels horaires ? Avec quelles conditions de transport ? Comment documenter les décisions ? Laisser chaque manager inventer sa règle crée des écarts dangereux entre équipes.

Le bureau doit être défendable

Un bon critère de décision tient en une question : si un salarié, un représentant du personnel ou un inspecteur du travail demande pourquoi cette présence était nécessaire, l'entreprise peut-elle répondre simplement ? Si la réponse se limite à parce que c'est mieux ou parce que le manager préfère, elle est fragile.

Le bureau défendable est celui qui accueille les activités impossibles ou nettement dégradées à distance, avec des conditions sanitaires cohérentes. Le bureau indéfendable est celui qui reproduit les habitudes de 2019 sous les contraintes de 2020.

Une répétition générale de la politique hybride

Les conflits de novembre préfigurent les discussions des années suivantes. Qui décide du lieu de travail ? Quels métiers ont accès au télétravail ? Comment traiter les inégalités entre fonctions ? Quel niveau de présence est réellement utile ?

La pandémie donne une intensité particulière à ces questions, mais elles ne disparaîtront pas avec elle. En transformant la présence en choix à justifier, novembre 2020 oblige les entreprises à poser les bases d'une politique de travail hybride plus explicite.

Sources et repères

Seban Avocats - contrôles de l'Inspection du travail et télétravail pendant le confinement

Ministère du Travail - protocole national en entreprise mis à jour