Le 24 juin 2020, le protocole national de déconfinement entre dans une nouvelle étape. Le message change : le télétravail n'est plus présenté comme la norme générale, mais il reste une solution à privilégier dans le cadre d'un retour progressif, y compris alterné. Pour les entreprises, ce n'est pas un feu vert simple. C'est une invitation à reprendre la main sur l'organisation du bureau.
Depuis le 11 mai, beaucoup d'employeurs avaient lu la règle des 4 m² par personne comme un calcul de capacité quasi automatique. Fin juin, cette référence devient plus indicative, liée à la capacité de respecter une distance d'au moins un mètre. Le bureau n'est plus uniquement mesuré en surface disponible, mais en capacité réelle à éviter les croisements, les regroupements et les ruptures de distance.
La fin du tout télétravail ne signifie pas le retour d'avant
La nuance est capitale. En juin 2020, le retour au bureau n'est pas une restauration de l'ancien régime. Les salariés ne reviennent pas parce que le risque aurait disparu ; ils reviennent parce que l'entreprise doit réarticuler présence, production, coordination et prévention.
Le protocole demande aux employeurs de travailler dans un cadre concerté, d'informer les salariés, de désigner un référent Covid-19 et de tenir compte de la réalité de l'activité. L'immobilier n'est donc pas seul aux commandes. Les RH, le CSE, les services de santé au travail et les managers deviennent parties prenantes de l'utilisation des locaux.
La jauge devient un outil de pilotage
Le protocole évoque explicitement la possibilité de définir une jauge par espace : salle de réunion, plateau, accueil, zone commune. C'est un changement discret mais profond. Avant la crise, la capacité d'un bureau se résumait souvent au nombre de postes. Désormais, elle dépend de l'architecture, des flux, des horaires, des usages et du niveau de risque acceptable.
Deux salles de réunion de même surface peuvent avoir des capacités différentes selon leur ventilation, leur mobilier, leurs portes, la durée des réunions ou la possibilité de tenir la réunion autrement. Cette approche pousse les entreprises à regarder les espaces dans le détail, là où les plans d'aménagement étaient parfois utilisés de façon trop abstraite.
Les flux deviennent aussi importants que les postes
La vraie difficulté n'est pas seulement de placer les salariés à distance les uns des autres. Elle est de gérer ce qui se passe autour : arrivée le matin, ascenseurs, couloirs, pauses, repas, imprimantes, visiteurs, prestataires. Le protocole insiste sur la limitation des croisements et la fluidification des circulations.
Ce point prépare une transformation durable du rôle du facility management. L'exploitation quotidienne du bureau devient aussi importante que le bail ou l'aménagement initial. Un immeuble peut être bien conçu sur plan et mal utilisé en pratique ; la crise rend cette différence visible.
Un retour progressif qui teste la maturité des organisations
Fin juin, les entreprises les plus avancées ne cherchent pas seulement à rouvrir. Elles testent des rythmes : équipes alternées, jours fixes, priorités données aux nouveaux arrivants, aux fonctions support, aux activités nécessitant de la coordination physique. Cette expérimentation préfigure les politiques hybrides des années suivantes.
Le protocole du 24 juin 2020 occupe donc une place charnière. Il desserre la contrainte du confinement, mais il ne libère pas les bureaux de la responsabilité sanitaire. Il installe une idée neuve pour beaucoup d'organisations : le bureau doit être piloté, pas seulement occupé.
Sources et repères
DREETS PACA - Protocole national de déconfinement, étape 3, 24 juin 2020